Le SMI a terminé la semaine dernière avec 10’891 points environ (-0.5% en une semaine). Mais cette faible variation hebdomadaire ne fait qu’occulter la lutte quotidienne des marchés pour atteindre la stabilisation. Il est toutefois possible, grâce à une large diversification par secteurs, de maintenir à un niveau modéré les variations sur l’ensemble du portefeuille. Dernièrement, les taux d’inflation encore élevés dans la zone euro ont été accompagnés d’une chute massive des prix du gaz à court terme de plus de 30%, et ce malgré l’arrêt des livraisons par le gazoduc Nord Stream 1, qui n’a rien changé à cette situation.
Les chiffres solides de l’emploi en provenance d’Europe et des États-Unis ont quelque peu redonné confiance aux marchés concernant le fait que les économies publiques se trouvent en mode de croissance ralentie de part et d’autre de l’Atlantique. En Suisse, la croissance des emplois a représenté 164’000 postes de travail (!) en une année. Il s’agit de la plus forte hausse depuis l’introduction des statistiques sur le marché du travail telles qu’on les connaît depuis 1991.
Il est évident que les banques centrales placent la priorité sur un ancrage à long terme des attentes inflationnistes. En fonction de la méthode de mesure utilisée, celles-ci sont de l’ordre de 2.5% environ, tant dans la zone euro qu’aux États-Unis. Pour la Suisse, un rapport spécial prévoit que nous devrions retrouver fin 2023 déjà un taux d’inflation de 1.0%. Toutefois, afin d’atteindre cet objectif, des mesures supplémentaires de resserrement monétaire et le refroidissement économique qui en découle sont nécessaires. C’est pourquoi nous considérons qu’il n’est pas approprié de spéculer sur un assouplissement rapide de la politique monétaire.
En dépit de toutes les crises, les chiffres du marché du travail sont bons tant en Europe qu’aux États-Unis, et l’on peut affirmer dans ce contexte que le marché du travail européen s’est apaisé et stabilisé. Du fait du manque de main d’œuvre, l’évolution du marché du travail est même dissociée de la situation des commandes à court terme et de l’évolution économique. Les entreprises gardent leurs collaborateurs malgré les temps difficiles, car elles sont conscientes qu’elles n’en retrouveront pas forcément lorsque la situation reprendra.
Un marché du travail stable constitue la fondation d’une consommation solide. Les stocks en hausse de produits finis sont écoulés au moyen de rabais. On observe à nouveau récemment un certain nombre d’évolutions désinflationnistes sur divers marchés. Ceux où les prix sont nettement plus élevés connaissent également une tendance de consommation à la baisse. La hausse des prix du gaz naturel a entraîné une baisse de la demande en gaz en Europe de l’Ouest (-14% en comparaison avec l’année précédente), alors que les mois dotés du plus important potentiel d’économies ne sont pas encore arrivés.
En hiver, les avalanches peuvent se déclencher même par beau temps. Toutefois, les signes conjoncturels ne permettent pas de déterminer avec certitude si la situation météorologique vaincra ou si l’on va au-devant d’une avalanche conjoncturelle. Ce qui est certain, c’est que les problèmes sur les plans des chaînes d’approvisionnement se sont atténués. En particulier sur le marché des semi-conducteurs, la pénurie n’est plus comparable à la situation d’il y a six mois. Cela permet aux entreprises de traiter les commandes accumulées, ce qui contribue à l’augmentation du produit national avec une situation de quasi plein-emploi. Les importations et les exportations ont récemment connu des taux de croissance à deux chiffres et la consommation des particuliers connaît une augmentation en termes réels, à savoir même après déduction de l’inflation exceptionnellement élevée. En revanche, les coûts horaires du travail mesurés en fonction de l’évolution des prix à la consommation restent proportionnellement modérés. Aux États-Unis, les salaires horaires sont plus élevés de 5.2% et en Allemagne de 4.5% que ceux de la même période il y a une année. Alors que les prix des matières premières principales telles que le pétrole brut, l’acier, le cuivre et même le blé sont tombés en dessous de leur niveau d’avant-guerre, les discussions en Europe de l’Ouest portent actuellement sur des prix du gaz et de l’électricité supérieurs à la moyenne. Les causes de ce phénomène sont multiples. Par exemple, la Grande-Bretagne, pays producteur de gaz et de pétrole, a négligé aussi bien les sources d’énergie renouvelables que les constructions économes en énergie. En France également, l’évolution est imputable à des causes nationales bien spécifiques : un tiers des ménages se chauffe à l’électricité, et les installations solaires demeurent une exception. Et le pays commence seulement à découvrir le vent comme source d’énergie. A la fin de cette année, le premier parc éolien marin sera mis en exploitation à Saint-Nazaire en Bretagne, bien que cet endroit connaisse depuis longtemps des conditions avantageuses sur le plan du vent. La France a trop fortement misé sur les centrales nucléaires. Toutefois, actuellement sur 56 réacteurs, seuls 21 fonctionnent complètement en raison de travaux d’entretien, de fissures dans les conduites et de problèmes de refroidissement. Ceux qui voient à quelle vitesse nous sommes en mesure de changer lorsque nous sommes confrontés à d’éventuelles pénuries d’approvisionnement (et nous y incluons également la première centrale mobile de réserve de Birr, qui fournit un quart de la puissance de la centrale nucléaire de Leibstadt) ne devraient pas sous-estimer la faculté d’adaptation de l’Europe de l’Ouest. Notre capacité de résilience résultera de notre capacité à supporter certaines choses sans que tout s’écroule économiquement.
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