Les marchés d’actions ont une nouvelle semaine de stabilisation derrière eux. Avec 9’665 points, l’indice Swiss Market Index (SMI) se trouve à mi-chemin entre son creux annuel (7’650) et son record annuel (11’270). Les poids-lourds que sont Nestlé, Roche et Novartis ont à nouveau compensé les mauvais résultats de la semaine passée. Le haut du classement des meilleures solutions basées sur des titres individuels était occupé par l’action de Lonza.
Parallèlement, les compagnies d’assurance se sont quelque peu enlisées sur le chemin de la reprise. Dans ce cadre, les rapports trimestriels montrent, de façon saisissante, à quel point le ratio de fonds propres résiste à la crise. Ici se profile un avenir doré car les entreprises comme les ménages privés, dans le monde entier, vont réfléchir et se demander s’il ne serait pas judicieux de mieux s’assurer à l’avenir. Plus de contrats avec un plus grand volume des ventes: ceci rend la branche de l’assurance attractive à long terme.
En revanche, la situation sur les marchés obligataires demeure fragile. Pour les pays et les entreprises, l’heure est au contrôle des notations. Ces derniers jours, ceci s’est étendu de l’Italie jusqu’au sous-traitant automobile Continental, en passant par la compagnie de réassurance Swiss Re et le groupe aéronautique Lufthansa. La notation du groupe de laboratoires Unilabs, qui fonctionne à plein régime du fait des tests liés à la maladie au coronavirus, a été confirmée par Moody’s. Toutefois, l’obligation qui arrivera à échéance dans cinq ans affiche une cotation environ 10% inférieure à celle du mois de février, tandis que le rendement à échéance a augmenté à 7%: une opportunité pour les investisseurs patients.
Ce qui est important, c’est que le marché obligataire fonctionne. Initialement, le groupe d’aéronautique américain Boeing souhaitait contracter des obligations d’une valeur de 10 milliards de dollars. L’intérêt des investisseurs fut tellement immense que le groupe décida de contracter des obligations avec différentes durées, d’une valeur de 25 milliards de dollars. Il y avait même des obligations à 40 ans, lesquelles génèrent un rendement de 5,8%. Ceci ne semble peut-être pas beaucoup, mais c’est pourtant énorme grâce à l’effet des intérêts composés: quiconque investit aujourd’hui 100’000 dollars dans cette obligation et réinvestit les taux d’intérêts, remportera en 2060 953’700 dollars en retour.
Cependant, il existe également des alternatives. Les investisseurs risquophobes par exemple se voient offrir une obligation de la Confédération avec une date d’échéance prévue en 2064. Quiconque investit ici 100’000 francs suisses aujourd’hui, récupérera ultérieurement 83’700 francs suisses. Au fil du temps, le rendement à échéance négatif ronge de plus en plus le capital nominal. Et nous n’avons même pas parlé de la valeur réelle. En effet, une chose est sûre: l’inflation va encore réduire davantage le pouvoir d’achat réel.
Les obligations sont et restent un élément captivant de chaque gestion de fortune axée sur le long terme. Il existe toujours une immense marge de fluctuation entre la perte de valeur réelle garantie et les opportunités de placement grandioses.
L’avalanche monétaire, qui s’est abattue sur l’Europe et l’Amérique du Nord, pourrait être surpassée par la Chine. Les craintes d’inflation à moyen terme sont donc légitimes. En revanche, le rabattement sur l’or n’a pas beaucoup de sens. La demande réelle en bijoux en or s’est effondrée de 40% au premier trimestre, et devrait tomber encore plus bas au deuxième trimestre. Les afflux dans les ETF d’or sont de nature purement spéculative, vraisemblablement pour soi-disant se protéger contre les conséquences à long terme des vastes interventions de la banque centrale.
On peut attendre le 22 mai avec impatience. En effet, depuis la ville de Pékin, le congrès national du peuple chinois annoncera à cette date les principaux points à l’ordre du jour pour la politique économique et monétaire dans les mois et trimestres à venir. Il y a fort à parier que la tendance pointera vers une stabilisation du marché de l’emploi et de la sécurité sociale comme principale priorité. Comparé aux années passées, la réalisation d’un objectif numérique pour le PIB devrait être nettement reléguée au second plan.
La Chine annoncera un plan de stimulation monétaire et fiscal supposé faire écho à la victoire contre la pandémie et renforcer la fierté nationale acquise au niveau industriel. Un immense déficit budgétaire sera accepté à cette fin. Dans son approche sino-centrique, l’«Empire du Milieu» se voit comme le point de départ de la reprise économique mondiale. Ce n’est pas si absurde que cela car la confiance conjoncturelle en Europe dépend fortement de la reprise en Chine et de meilleures relations entre la Chine et les États-Unis.
L’effondrement des prix des matières premières permet à la Chine de retrouver plus facilement son ancien chemin de croissance avec une politique monétaire et de crédit expansive. Une banque centrale n’a pas plus grand souhait qu’une économie nationale marquée par un plein emploi et une légère inflation. En fin de compte, ceci conduit à trois classes d’actifs attractives: les actions à des fins d’augmentation de la valeur réelle, les obligations d’entreprises (qui, à long terme, génèrent toujours plus de rendement que les obligations d’État) ainsi que l’immobilier et l’infrastructure à titre de sources de rendement constantes.
Actuellement, le défi majeur est de parvenir à de nouveau coordonner différentes entreprises dans divers pays. La mise à l’arrêt synchrone de l’économie mondiale était bien plus simple. Après que les banques centrales ont fait ce qu’elles devaient faire, il reste désormais le levier de l’essor dans l’industrie.
Des contrats, il en existe en de nombreux endroits, mais la synchronisation entre les fournisseurs et les producteurs par-delà les frontières reste un véritable tour de force logistique. C’est pourquoi un contrôle quotidien de toutes les chaînes d’approvisionnement via des milliers de fournisseurs et sous-traitants s’avère efficace. Il n’y a que là où celles-ci sont garanties que le démarrage progressif du montage n’a de sens.
À titre d’exemple, Stadler Rail a d’ores et déjà à nouveau remporté des contrats pour plus de 2 milliards de francs suisses depuis le début de l’année. Le défi majeur reste la livraison en temps utile dans la qualité définie. À cela s’ajoutent l’activité complexe dans la technologie de signalisation ainsi que l’activité de service après-vente. Stadler Rail se trouve dans une activité de projets classique qui exige, à chaque fois, une haute flexibilité spécifique au contrat ainsi qu’une grande capacité d’adaptation spécifique au pays.
Dans chaque branche, les exigences sont différentes. Pour le constructeur aéronautique Pilatus établi à Stans, le démarrage de la production exige une toute autre stratégie que pour le professionnel du sanitaire Geberit. Un défi supplémentaire vient s’ajouter lorsque l’on développe encore parallèlement un tout nouveau produit, comme le légendaire constructeur automobile britannique Aston Martin. Il serait intéressant que la presse économique communique davantage d’informations concernant ces forces entrepreneuriales efficaces.
Cordialement, Prof. Dr. Maurice Pedergnana