La semaine dernière, le Swiss Market Index (SMI) est revenu à 11 173 points (+1,4 %). Les entreprises cycliques ayant un fort potentiel de croissance (de marché) structurel ont connu une évolution positive. Il s’agit, entre autres, de Sika (+4 % la semaine dernière), de Partners Group (+3 %) ainsi que de Holcim et du cabinet de contrôle SGS (respectivement +2 %). Actuellement, les compagnies d’assurance Swiss Life, Swiss Re et Zurich, de même qu’Axa, nous donnent le sourire, toutes ayant progressé de 3 %.
Côté assurances, un nombre suffisant de provisions pour sinistres ont été effectuées pour la pandémie. De plus, elles ont été mondialement épargnées par les «accidents de travail», comme ce fut le cas récemment dans l’investment banking global. En outre, l’amélioration sensible de la solvabilité après le premier trimestre a fait revenir les investisseurs. Une solvabilité élevée, cela signifie un taux élevé de fonds propres excédentaires, même en cas d’un événement qui ne survient qu’une fois par siècle. En d’autres termes: les assurances disposent désormais de capacités économiques confortables sur le plan structurel pour augmenter les distributions de dividendes et/ou effectuer des rachats d’actions dans les années qui viennent. Tout ceci n’est pas encore pris en compte dans les cours.
Les vaccins se montrent efficaces. En Israël, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, le nombre de cas et de décès a fortement reculé. En conséquence, l’immunité collective est en vue dans ces pays. En Inde, le nombre de cas et de décès continue d’augmenter. Les inquiétudes autour du variant indien et des autres mutations sont toujours là. Néanmoins, les vaccins semblent avoir un certain effet contre tous les variants. Désormais, le nombre de cas est en baisse même en Europe, entraînant les mesures d’assouplissement tant espérées.
Les taux d’intérêt américains ont légèrement reculé dernièrement suite à la forte hausse enregistrée au début de l’année. Pour le moment, les marchés attendent de voir quels seront les effets de la «réouverture» et comment la banque centrale américaine, la Réserve fédérale, modifiera son langage.
Du côté monétaire, quelques changements intéressants se sont produits. Parmi les devises du G10, le dollar canadien est actuellement la plus forte. Depuis le début de l’année, il s’est apprécié de près de 5 % par rapport au dollar américain; la couronne norvégienne a pour sa part progressé de 4 %. Durant la même période, le franc suisse s’est déprécié de 2 % par rapport au dollar et de 7 % vis-à-vis du dollar canadien. Le Canada et la Norvège sont tous deux de très grands exportateurs de matières premières. Lorsque leurs prix montent en flèche, les «monnaies matières premières» correspondantes connaissent aussi une hausse.
L’économie américaine s’ouvre peu à peu, d’Etat en Etat. C’est une image que l’on pourra aussi observer en Europe dans les mois qui viennent. Il est réjouissant de voir les villes «abandonnées» comme New York retrouver leur quotidien. Le rapport de l’emploi nous a permis dernièrement de jeter un œil sur cette évolution. Lorsque le Texas a levé ses contraintes, l’instinct des habitants a apparemment été de se ruer vers le prochain bar ou le prochain steakhouse. Ces établissements doivent embaucher du personnel. Mais la véritable étendue de la croissance de l’emploi est bien plus importante que les statistiques. En effet, l’emploi traditionnel aux USA est de plus en plus remplacé par des start-up, ce qui a pour conséquence une sous-estimation de l’emploi ordinaire.
Les récents indices des directeurs d’achat aux Etats-Unis, en Chine et en Europe ont été très solides, tandis que les données du marché de travail américain pour avril ont déçu, l’économie ayant dernièrement créé seulement 266 000 nouveaux emplois, alors que les prévisions s’élevaient à un million de nouveaux postes. La plupart des secteurs ont continué à créer de nouveaux emplois en avril. Pouvoir les postes vacants s’avère néanmoins compliqué. L’indice de diffusion de la masse salariale, qui calcule la largeur de la hausse dans les différents secteurs, est tombé à 60,1 en avril (de 74,7 en mars); un chiffre correspondant à une croissance saine de l’emploi d’un point de vue historique.
L’emploi dans l’industrie des loisirs et de l’hôtellerie s’est accru de 331 000 et d’autres secteurs comme les réparations et entretiens, les services personnels et laveries, les halte-garderies et l’immobilier ont enregistré une hausse. Toutes ces hausses sont révélatrices des effets persistants de la reprise économique. Toutefois, un recul a été noté pour l’emploi dans le secteur manufacturier (-18 000), dans le domaine du travail en intérim (-111 000), chez les services de messager et de coursier (-77 000) et dans le commerce de détail (-15 000). Le taux d’emploi dans le bâtiment reste inchangé après avoir augmenté de 97 000 au mois de mars. La stagnation concerne notamment les minorités.
Le mois de mai a bien commencé. D’après une bonne vieille règle boursière, il est préférable d’éviter les mois d’été moroses et de ne pas revenir sur le marché avant l’automne. La plupart des acteurs du marché n’a pas respecté cet adage, du moins durant la première semaine de mai, permettant aux places boursières de démarrer le mois avec des hausses de cours.
La politique monétaire et fiscale des Etats-Unis y contribue aussi. A Washington, la règle veut que les ministres des Finances s’abstiennent de tout commentaire concernant la politique monétaire par respect de l’indépendance de la banque centrale. Personne n’aurait pu s’y attendre, en particulier venant de Janet Yellen. Ceux qui connaissent Yellen savent qu’elle ne voulait pas faire de prévisions vis-à-vis des taux d’intérêt lorsqu’elle a déclaré au sujet du contexte technique: «l’économie doit être refroidie pour éviter qu’elle ne surchauffe.»
Mardi dernier, elle voulait seulement expliquer aux hommes politiques du Congrès que les programmes d’infrastructures et projets sociaux lourds de plusieurs milliards pourraient stimuler davantage la bonne conjoncture et engendrer une inflation. Selon elle, ces programmes doivent être payés non pas par de nouvelles dettes mais par des hausses d’impôts.
Or, le moindre propos, placé hors de son contexte, peut provoquer l’hystérie à Wall Street. Actuellement, il règne un climat de nervosité aux Etats-Unis quant au renchérissement qui a été récemment supérieur de 2,6 % à son niveau de l’année précédente.
Cordialement, Maurice Pedergnana