C’est un sentiment étrange. Le printemps pointe le bout de son nez. De l’air frais court à travers l’appartement qui, en de nombreux endroits, s’est transformé en bureau à domicile. Pourtant, une tension vive plane dans l’air. Il n’y a qu’en respectant les directives en matière de comportement que nous pourrons mettre un terme à cette propagation rapide. Il en résulte également des points d’observation centraux pour les analystes. Les données macroéconomiques ne comptent plus, et se voient détrônées par les statistiques quotidiennes de la John Hopkins University, laquelle compile les statistiques liées au coronavirus à travers le monde. Il est important de bien comprendre qu’il est primordial de faire la différence entre les conseils et les informations des autorités de santé et scientifiques, et les nombreuses fausses informations qui provoquent un sentiment de crainte inutile.
Si, par exemple dans les semaines à venir, un nombre de tests plus important que par le passé est réalisé, le nombre de personnes infectées augmentera, tout comme progressivement le nombre de personnes «immunisées». Ainsi, les mesures pourront faire effet de manière encore plus ciblée. Concernant la charge maximale dans la prise en charge des malades, les cas «graves» sont notamment déterminants. Avec l’ordonnance de «mise à l’arrêt» de la vie économique, nous pouvons, ensemble, empêcher les pires scénarios et atténuer les dommages consécutifs.
Dans les deux prochaines semaines seront perceptibles les résultats des mesures drastiques en Europe. On tire d’ailleurs cette prévision de l’expérience asiatique, sachant qu’en Chine, en Corée du Sud, à Taïwan et au Japon, le quotidien reprend son cours. C’est pourquoi nous restons sur nos gardes quant à une extrapolation à l’échelle mondiale de la performance économique de ces derniers jours en Europe et aux Etats-Unis sur l’ensemble de l’année 2020. En effet, dans certains pays européens qui, très tôt, ont pris des mesures drastiques (p. ex. l’Autriche, à l’exception de la région du Tyrol limitrophe avec l’Italie), de premiers résultats positifs sont d’ores-et-déjà visibles ces jours-ci.
Les mesures internationales contre la propagation du coronavirus ont conduit à une semaine de panique sur les marchés des capitaux. L’indice suisse liée aux actions, le Swiss Market Index (SMI), qui, au 19 février 2020, atteignait encore les 11’263 points, se situe désormais à 8’623 points. Le fait que d’autres marchés d’actions aient réagi de manière encore plus forte ne saurait être qu’une très maigre consolation.
Par ailleurs, depuis le début du mois, nous avons également pu observer l’effondrement de nombreux autres marchés. Les fonds immobiliers suisses ont subi 20% de pertes. Cependant, ces derniers jours, comme pour le SMI, une légère reprise a pu être constatée. Au niveau du fond ETF d’obligations d’entreprises américaines à solvabilité élevée le plus célèbre, les pertes se sont élevées à 21% en l’espace de deux semaines. De fâcheux reculs ont également pu être observés sur les marchés des matières premières. L’argent se négocie à une valeur 32% plus faible qu’il y a un mois. Quant à l’or, on parle de 9%. Les prix du pétrole brut (WTI Crude) ont chuté de 56%. Toutefois, la panique est un mauvais conseiller.
Afin de freiner la naissance d’une récession profonde, sévère, nombreux sont les gouvernements et banques centrales à avoir ficelé des plans d’urgence de grande ampleur. Il s’agit alors de prévenir les insolvabilités et de sauver les emplois. Cependant, des révisions des prévisions vont se produire. Nous nous concentrons sur les modèles des experts. Les prophéties pessimistes seront nombreuses. Le centre de recherche conjoncturelle KOF de l’EPFZ table objectivement pour la Suisse sur un scénario de base avec une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 0,3%. Selon nous, le KOF affiche ici un trop-plein d’optimisme.
Au cours des premier et second trimestres de l’année 2020, la valeur ajoutée devrait certainement afficher une tendance à la baisse. Cette tendance concerne quasiment toutes les branches, en raison du recul du commerce international, notamment également les branches exportatrices. Seule exception notable: le secteur de la santé qui s’étend considérablement et soutient l’évolution du PIB.
L’effondrement de la performance économique atteindra le marché de l’emploi avec un peu de retard. Toutefois, le chômage partiel ainsi que d’autres mesures de la Confédération et des cantons permettront de prévenir l’apparition d’une vague de licenciements. Le taux de chômage n’augmentera que légèrement. Au cours des troisième et quatrième trimestres de l’année 2020, le PIB augmentera à nouveau sous les effets de la reprise. De manière générale, la récession dans le scénario de base se veut également sévère mais concentrée sur deux trimestres. Selon le KOF, certaines pertes de productions ne pourront pas être entièrement comblées. Dans un scénario négatif, le KOF table sur un recul de près de 2%. Dans les deux scénarios énoncés, l’année 2021 devrait voir une forte croissance du PIB de 1,4%.
L’institut Ifo à Munich prévoit une chute de la performance économique allemande pour l’année 2020 avec un pic de la pandémie au milieu du mois d’avril. Dans un scénario négatif qui suppose les plus grandes ou plus longues restrictions de production jusqu’à tard dans le second semestre, la performance économique diminuerait de 6%. En comparaison: lors de la crise de 2008/09, la performance économique a affiché un recul de 5%. Afin de prévenir un tel phénomène, il convient de strictement respecter les consignes prescrites par les autorités. De cette manière, les dommages économiques pourront au moins être atténués de manière significative.
Les actualités autour de l’épidémie exigent déjà des nerfs d’acier. À cela s’ajoute, lorsque l’on est gestionnaire de fortune, le fait que nous devons, quasiment 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, observer ce qui évolue et où, ainsi que les réactions face à ces évolutions. À titre d’exemple, ces derniers jours, les compagnies d’assurance suisses ont été punies outre mesure sur le marché d’actions. Nous étions directement en contact afin de pouvoir nous faire une idée. En outre, la semaine dernière, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers FINMA a, face à la crise du coronavirus, certifié aux compagnies d’assurance une solvabilité située «largement au-dessus du minimum obligatoire». Les sociétés sont soumises à de graves scénarios de crise. Cependant, les compagnies d’assurance telles que Zurich Insurance et Swiss Life demeurent de loin préservées.
Comme toujours, nous examinons chaque poste d’un portefeuille et contrôlons sa résistance à la conjoncture de manière continue. Les évaluations ne reflètent pas cela. Elles sont l’expression d’un comportement synonyme de panique, notamment également sur les marchés obligataires tout spécialement illiquides. Nous reviendrons sur ce sujet dans notre rapport mensuel du mois d’avril.
Toutefois, il est important pour nous de conserver notre perspective à moyen terme et long terme. Quiconque poursuit un plan d’épargne, fait bien de procéder à ses versements même ces jours-ci. L’essor sur les marchés se produira, tout comme la reprise économique. Même si nous ne sommes encore qu’au milieu du tunnel, nous en apercevons d’ores-et-déjà la fin. Et c’est vers cette fin que nous devons orienter nos regards, et non pas vers l’obscurité qui se trouve derrière nous.
Cordialement, Timo Dainese