Depuis les premières heures de la journée d’hier jeudi, le monde a les yeux rivés sur la situation en Ukraine et plus précisément sur la déclaration de la guerre et l’invasion du pays par les Russes. Face à ce contexte, les investisseurs sont fortement déstabilisés, mais cette insécurité ne date pas d’hier. Le SMI a corrigé de près de 10% au cours des dernières semaines et se situe à nouveau au niveau d’octobre 2021.
Nous surveillons continuellement la situation. Pour le moment, nous nous abstenons de procéder à des changements majeurs dans les portefeuilles. La situation en Ukraine est une tragédie et une catastrophe aussi bien sur le plan humanitaire qu’en matière de droit international.
La situation pourrait devenir critique en cas d’escalade guerrière avec l’Occident (ce qui n’est pas à prévoir) ou de nouvelle forte hausse des prix de l’énergie (le pétrole avoisine les 150 USD), avec pour conséquence une nouvelle poussée inflationniste. Nous n’en sommes pas encore là, mais il est important de réanalyser la situation en permanence.
L’aggravation inquiétante de la crise ukrainienne est désignée de différentes manières: la plupart du temps, il est question d’«opération militaire» voire de «guerre», sachant que les marchés des actions et des obligations risquent de rester otages des gros titres entrants.
La dimension géopolitique, humanitaire et relative au droit international de ce conflit est bien plus importante que la simple dimension économique. Les mesures de désescalade militaire font actuellement défaut. La Russie se fait du tort à elle-même en agissant de la sorte. Les sanctions déjà imposées en raison de l’occupation de la Crimée ont réduit la performance économique russe de 1,2% par an. En cas de nouvelles sanctions, la Russie se verra touchée beaucoup plus durement.
Mais inversement, les pays qui imposent des sanctions doivent eux aussi s’attendre à des revers. Les prix du pétrole et du gaz sont sous tension, ce qui affecte les économies dépendantes du gaz comme l’Allemagne et l’Italie, et en particulier les consommateurs de gaz à faible revenu. Mais les prix s’envolent aussi parce que les grands groupes pétroliers et gaziers ont reçu l’ordre, ces dernières années, d’orienter leurs investissements non plus vers les combustibles fossiles, mais vers la génération d’énergie renouvelable. Ce qui peut s’avérer durable et juste à long terme du point de vue de la neutralité climatique a un coût élevé à court terme dans une économie mondiale qui reste dépendante des combustibles fossiles comme principale source d’énergie.
D’un point de vue purement économique, l’importance de la Russie en tant que partenaire commercial et pays d’investissement est toutefois surestimée. En Russie, seuls les appareils de répression à l’intérieur et d’agression à l’extérieur fonctionnent bien. Tout le reste est en panne et, à long terme, les réalités économiques reprendront le dessus. En 2021, la Russie enregistrait un produit intérieur brut (PIB) de 1,65 billion de dollars. Le PIB américain quant à lui s’élevait à 22,94 billions de dollars. La Russie n’atteint donc plus que 7,2% de la performance économique américaine. En 2013, avant l’annexion de la Crimée, ce chiffre était encore de 12,7%. La puissance économique relative de la Russie par rapport à l’Amérique a presque diminué de moitié au cours des huit dernières années. Si l’on additionne les États-Unis et l’Union européenne, la Russie atteint tout juste 4,3% du PIB combiné. Extrêmement unilatérale, sa compétitivité se limite à quelques biens. Le pétrole et le gaz représentent les trois quarts des exportations russes. Les dirigeants politiques russes se montrent incapables d’améliorer la situation économique pour le peuple. Au lieu de cela, sur le plan de la puissance économique, la Russie est dépassée par des pays beaucoup plus petits comme la Corée du Sud ou même les Pays-Bas et la Belgique réunis. C’est là que réside la véritable humiliation des têtes dirigeantes russes.
À court terme, le conflit ukrainien représente sans aucun doute un facteur de stress, sachant que de nouvelles étapes dans l’escalade du conflit sont possibles. Mais à l’inverse, la situation peut tout aussi bien s’améliorer. Cette perspective pourrait aider les marchés financiers et les marchés de matières premières à gagner en stabilité. Les aspects fondamentaux tels que la croissance économique mondiale, actuellement générée par les pays industrialisés et émergents, font alors l’objet d’une attention nettement plus grande.
Les marchés des capitaux traversent à nouveau une période plus difficile, marquée par une plus grande volatilité. Le mieux dans ces circonstances est de garder son calme, de ne pas se laisser déstabiliser malgré les fluctuations et de s’en tenir à sa stratégie. Il ne fait nul doute que la situation en Ukraine restera au cœur des préoccupations du monde pendant encore un certain temps, mais l’attention des médias devrait connaître son apogée ces jours-ci, et avec elle, probablement l’incertitude parmi les investisseurs. Par le passé, des situations comme celle-ci se sont régulièrement révélées être des opportunités d’achat.
Nous continuons de tabler sur une croissance de l’économie mondiale de plus de 4% cette année et nous pensons que, malgré la crise, de nombreuses entreprises que nous détenons réaliseront des chiffres d’affaires et des bénéfices records cette année et l’année prochaine. La situation en Ukraine ne plongera pas le monde dans une récession, et l’Occident est aujourd’hui peu dépendant du pétrole et du gaz russes. Nous sommes donc convaincus que les marchés vont se redresser.
Nos pensées vont à la population ukrainienne.
Timo Dainese CEO Fondateur / Partenaire dirigeant
Prof. Dr. Maurice Pedergnana CIO Partenaire dirigeant