Il arrive peut-être que certains rêvent d’un gain rapide. Mais ce qui enchante surtout les investisseurs à long terme, c’est le rendement total. En Suisse, ce dernier est essentiellement composé de la distribution du dividende et, dans une moindre mesure, de l’évolution du cours. A titre d’explication, prenons l’exemple des fluctuations du Swiss Market Index (SMI) de la semaine dernière. A priori, le SMI a reculé à 11’211 points (-0,55 %) la semaine passée. Or, si l’on tient compte des distributions de dividendes de la semaine dernière (Nestlé, Swiss Re, Sika), il en résulte pour le SMI un rendement total positif pour la semaine passée (+0,10 %).
Un autre élément important de l’investissement discipliné consiste à réinvestir le dividende distribué. Cela permet d’augmenter à long terme l’effet des intérêts composés de l’épargne en titres. Nous sommes tout à fait conscients qu’il ne faut perdre de vue les lois de la diversification, mais beaucoup d’investisseurs exagèrent. Une diversification trop grande réduit les perspectives de rendement. Tout à coup, ce n’est plus dans les leaders mais dans les losers technologiques que l’on est investi. Il est opportun d’éliminer les titres manifestement «mauvais» de façon disciplinée.
L’avantage avec les leaders, c’est qu’ils sont capables de générer des flux de trésorerie positifs tant en phase de croissance microéconomique qu’en période de difficulté macroéconomique. Cette résilience est le fruit de leur position relative sur le marché et, bien souvent aussi, de leur qualité relative. La grandeur n’est pas toujours demandée sur tous les marchés. Dans le cas des marchés stables, la grandeur favorise le potentiel de baisse des coûts et donc la capacité de rendement. Sur les marchés marqués par une substitution technologique fondamentale, c’est plutôt l’agilité qui joue un rôle essentiel. La grandeur peut même être un obstacle.
Nos portefeuilles sont exclusivement constitués d’entreprises ayant une position de leader que ce soit vis-à-vis du marché, de la qualité ou de la technologie. Les plus grandes affichent une capitalisation se chiffrant à plusieurs centaines de milliards, telles que Nestlé avec 316 milliards de francs suisses; les plus petites, comme la société u-blox de Thalwil, ont une capitalisation de 473 millions de francs suisses. Cette dernière emploie malgré tout plus de 800 personnes dans la Recherche et le Développement et est dynamisée par les dernières tendances industrielles, telles que la télémaintenance, les commandes électroniques dans les automobiles, ainsi que les tendances dans les domaines du smart living et de l’électromobilité. Suite aux récentes difficultés, le carnet de commandes de ce leader technologique s’est plus que quadruplé par rapport à l’année précédente.
Il a aussi été réjouissant de constater une accélération de la croissance chez Nestlé au premier trimestre, de même qu’une amélioration des prévisions pour les trimestres à venir. Le cours de l’action est encore loin d’avoir pris en compte ces nombreux messages positifs émis par le plus grand groupe alimentaire du monde.
Dans le contexte d’essor économique actuel, il y a matière à se demander s’il vaut mieux réaliser des bénéfices ou laisser libre cours au rallye. Après tout juste un tiers de l’année, l’indice boursier mondial MSCI World se situe à +8,7 %. L’indice équivalent pour les pays émergents affiche +3,9 %. Pour l’instant, nous n’y voyons aucun signe d’exubérance irrationnelle mais plutôt le reflet de la qualité entrepreneuriale des sociétés cotées. Le premier trimestre a été marqué par une stagnation conjoncturelle dans de nombreux pays. Les entreprises bien gérées ont toutefois réussi à augmenter leurs ventes et bénéfices de manière significative.
La saison des résultats trimestriels a démarré sur les chapeaux de roue en Suisse. Le fabricant d’arômes et de parfums Givaudan a surpassé les attentes. Sika a renchéri. LafargeHolcim, le deuxième plus important fabricant de ciment au monde, a connu en 2021 son meilleur début d’année comme jamais auparavant, doublant d’emblée son résultat d’exploitation. Les perspectives demeurent optimistes pour bien des raisons. Une contribution importante proviendra aussi du fournisseur de systèmes d’étanchéité pour toitures Firestone, dont le rachat par LafargeHolcim est désormais conclu.
Enfin, Nestlé a convaincu avec une croissance organique de 7,7 % au premier trimestre. Un résultat dépassant largement les estimations de tous les analystes. Pourtant, les restaurants et cafés étaient fermés dans de nombreuses régions et les canaux de vente dans les pays émergents majeurs, comme l’Amérique latine, ont été soumis à de fortes restrictions. Chez Nestlé, il y a encore énormément de potentiel en maints endroits, le leader du marché ayant pu agrandir ses parts de marché sur divers marchés de taille.
L’environnement se montre stable actuellement. Une augmentation d’impôts prévue aux USA a quelque peu miné le moral. Si l’impôt sur les plus-values augmentait probablement pour les grandes fortunes aux Etats-Unis, cette hausse ne serait pas aussi importante qu’annoncé et ne sera applicable qu’en cas de cession. Voilà précisément pourquoi ceci pourrait apporter une contribution supplémentaire à la hausse des rendements sur le marché boursier dans un contexte de demande d’actifs réels mondialement croissante.
En raison de la troisième vague de coronavirus, la banque centrale européenne (BCE) a légèrement abaissé ses prévisions en termes de croissance économique dans la zone euro pour l’année en cours. Pour 2022, elle table, en revanche, sur une légère augmentation de la performance économique. La tendance en soi peut tout à fait être transposée à la Suisse.
Pour 2021, les économistes de la BCE prévoient un accroissement du produit intérieur brut (PIB) de 4,2 % (4,4 % au début de l’année). Selon eux, la troisième vague de la pandémie freine actuellement la reprise. Pour l’année qui vient, les économistes tablent sur une croissance de l’économie dans la zone euro à hauteur de 4,1 %. Au mois de janvier, ils supposaient seulement 3,7 %, autrement dit la croissance sera légèrement reportée dans l’avenir.
Un avenir qui nous réserve beaucoup de joie en matière d’investissement. En effet, gardez bien à l’esprit que la conjoncture en Europe a tenu tête jusqu’ici malgré le durcissement des mesures d’endiguement. Les résultats du premier trimestre ont dépassé les attentes partout. Imaginez l’ampleur du boom lorsqu’il n’y aura plus aucune restriction. Le secteur des services favorisera l’essor économique durant les trimestres qui viennent. Et ceci se distingue d’ores et déjà à l’horizon sous forme de signaux de fumée. Ils nous livrent ce message : il convient de rester investi, de placer les liquidités non utilisées et de tirer profit des phases de faiblesse pour effectuer des achats supplémentaires.