80% des entreprises européennes ont présenté leurs résultats annuels 2020. Notamment pour le dernier trimestre, les attentes en matière de bénéfices ont été dépassées de sept points de pourcentage en moyenne. 40% des entreprise ont très largement dépassé leurs attentes en matière de bénéfices. À l’inverse, les bénéfices d’une entreprise sur sept ont été en deçà des attentes: il s’agit du plus faible nombre de toute la décennie passée.
En harmonie avec ces informations, le gouvernement chinois s’est fixé pour objectif d’atteindre une croissance de plus de 6% cette année. Le Fonds monétaire international prévoit même une augmentation de la performance économique de 8%. À court terme, les faits économiques indiquent une embellie conjoncturelle – dans le monde entier: selon le Rapport du marché du travail américain, 379’000 emplois ont été créés en février, en dehors du secteur agricole, ce qui reflète la force économique de l’assouplissement des exigences liées à la pandémie.
Il est intéressant de voir comment la situation présente est traitée. Elle semble très bonne, notamment pour les entreprises suisses. Après une phase de plusieurs années durant laquelle les entreprises ont dû faire face à un franc suisse structurellement fortement surévalué, une période de soulagement durable semble maintenant venir. Le franc perd de sa valeur dans le cadre de la reprise de l’économie mondiale. Depuis le début de l’année, l’euro (+2,5%), le dollar américain et le yuan chinois (chacun +5,0%) ainsi que la livre (+6,5%) ont fortement augmenté par rapport au franc.
La hausse de l’euro a probablement été un peu plus faible car on présume que la Banque nationale suisse a pu utiliser ses importants avoirs en euros pour lisser la hausse. Dans tous les cas, la récente évolution n’est pas sans rappeler le bon exercice financier de 2017. L’euro était alors passé de 1,06 fin février à 1,20 en 14 mois, ce qui stimula fortement l’économie suisse. Cela s’est traduit sur le marché boursier par une augmentation du Swiss Market Index (SMI) de 1’000 points (+12%) en quelques mois.
À l’heure actuelle, les indicateurs les plus importants signalent une reprise économique mondiale qui devrait être encore plus forte. C’est pourquoi la demande pour le franc suisse en tant que «valeur refuge» diminue rapidement. Cela permettra de renforcer la compétitivité des produits suisses sur le marché mondial. Seuls les marchés des capitaux ne l’ont pas encore découvert. C’est là que se cache un grand potentiel.
Avec 10’607 points, le SMI a chuté de 0,9% par rapport au début de l’année et est donc nettement en retard sur les performances des marchés les plus importants. En termes de francs, le Dow Jones américain est en hausse d’environ 8%. Les indices européens se situent entre 4% et 10% de plus par rapport au début de l’année: l’indice Sensex a même passé la barre des 50’000 et est environ 11% plus élevé qu’il y a deux mois.
Le «Global Investment Returns Yearbook» publié par Credit Suisse Research Institute en collaboration avec la London Business School est considéré comme un guide sur les données de rendement à long terme. Il contient des données sur les actions, les obligations, les placements sur le marché monétaire, l’inflation et les devises pour 32 marchés individuels et l’indice mondial de 90 pays.
Outre le krach boursier d’octobre 1987, l’effondrement déclenché par la pandémie de COVID-19 a été le plus rapide de l’histoire de l’industrie financière mondiale. Le marché a baissé de 35% en seulement 23 journées boursières. Aux États-Unis et dans de nombreux autres marchés, l’augmentation a été exceptionnellement rapidement, en raison des mesures de relance budgétaire et fiscale massives. En novembre 2020, les marchés ont connu un nouvel élan grâce aux nouvelles concernant les vaccins.
Sur le long terme, les actions restent les meilleurs placements financiers, devant les obligations et les placements sur le marché monétaire. Au cours des 121 dernières années, les actions mondiales ont offert un rendement réel annualisé en dollar américain de 5,3% contre 2,1% pour les obligations et 0,8% pour les titres de marché monétaire.
Les rendements réels annualisés (en %) sur les actions, les obligations et un mélange 70/30
Les auteurs soulignent que le moment est venu de réfléchir à ce à quoi il faut s’attendre à l’avenir. Ils recommandent notamment une diversification mondiale et l’inclusion accrue d’actions de pays émergents. Ils estiment également que la prime de risque sera d’environ 3,5% donc sensiblement inférieure au chiffre historique de 4,4%. Cependant, ils s’attendent à ce que les investisseurs en actions devraient doubler leur argent sur 20 ans par rapport aux obligations d’État à court terme.
La génération des baby-boomers a bénéficié de l’excellente performance des actions, obligations et portefeuilles mixtes du monde entier. Avec un mélange de 70% d’actions et 30% d’obligations, un rendement réel de 6,4% a pu être atteint depuis 1950. Leurs petits-enfants de la génération Z sont confrontés à un avenir avec des rendements attendus nettement inférieurs, notamment parce que les rendements des obligations resteront probablement faibles ou négatifs en termes réels.
Le fantôme de l’inflation circule, bien qu’une augmentation de l’inflation soit un effet secondaire typique d’une forte croissance. La banque centrale américaine, la Federal Reserve (Fed) est consciente que les pressions de l’inflation vont augmenter de manière temporaire, mais que cela est voulu. Les prévisions d’inflation à moyen terme restent bien ancrées. C’est pourquoi, la Fed ne se voit pas dans la nécessité d’agir. Si cet ancrage venait toutefois à disparaître, cela alimenterait la spéculation selon laquelle la Fed relancerait la soi-disant «Operation Twist» (de septembre 2011 à juin 2012) en achetant des obligations à long terme et en vendant des obligations à court terme, ce qui aurait pour effet de «déformer» la courbe des rendements.
La Ministre des Finances Janet Yellen a minimisé toute idée selon laquelle la récente hausse des rendements des obligations d’État américaines reflétait les attentes d’une explosion excessive de l’inflation. «Je ne vois pas les marchés s’attendre à ce que l’inflation dépasse l’objectif de 2% de la Federal Reserve», a déclaré Madame Yellen dans une interview à PBS NewsHour vendredi dernier. «Les taux des intérêts à long terme ont un peu reculé mais principalement, selon moi car les acteurs du marché constatent une reprise plus forte. Après cela, elle a eu beaucoup de travail à faire pour convaincre le Sénat du plan de relance économique visé.
Cordialement, Maurice Pedergnana