Les marchés d’actions européens ont commencé le mois de décembre avec un peu de retenue. Les marchés américains ont quant à eux atteint de nouveaux records. Ces résultats doivent être toutefois relativisés car cette année, le dollar américain a considérablement perdu de sa valeur par rapport à son panier de monnaies. Ces records en actions sont mitigés du point de vue européen car récemment, le dollar américain a dû encaisser des pertes considérables par rapport aux monnaies européennes. Vis-à-vis du franc suisse, le dollar ne vaut plus que 89 centimes : c’est 7,7% de moins qu’en début d’année. Et vis-à-vis de l’euro (-8,7%), la perte de valeur enregistrée jusqu’à présent est encore plus flagrante.
Les variations de prix correspondantes doivent donc être observées non seulement en dollar américain, mais également dans la monnaie de référence correspondante. Le prix de l’once d’or s’est élevé à 1838 (+21,2%) en dollar américain cette année. L’augmentation en franc suisse à 1640 (+11,7%) se révèle nettement moins spectaculaire.
Les entreprises suisses fortement engagées dans la zone du dollar américain (p. ex. Roche et Novartis) sont actuellement plutôt sur la défensive. Il en est de même pour Nestlé dont les actions se sont retrouvées sous pression sous la vague des rééquilibrages au dernier mois de l’année. Le cours se trouve désormais 5,5% en dessous de son niveau de début d’année, et est coté avec un rapport cours/bénéfice modéré. Il ne faut en aucun cas laisser passer cette opportunité d’acquérir cette haute qualité d’entreprise à un prix aussi attractif (seulement 9 francs suisses plus chère que durant les ventes massives induites par un sentiment de panique au mois de mars 2020), et tout compte fait 11% plus bas qu’il y a cinq mois.
De toute façon, nous percevons des niveaux d’investissement attractifs à long terme dans un certain nombre d’entreprises dont les cours d’actions sont restés à la traîne ces dernières semaines et ces derniers mois. De manière générale, nous attendons des accroissements de bénéfices l’année prochaine, qui devraient se situer aux alentours de 50% en Europe. Autrement dit, les chiffres d’affaires devraient nettement augmenter, entraînant alors une accélération fulgurante des bénéfices.
L’optimisme conjoncturel régnant grâce aux différents vaccins contre la Covid-19 a conduit à une réévaluation à la hausse des prévisions pour l’économie mondiale. Par ailleurs, nous sommes même prêts à accepter des prix de l’énergie plus élevés (et donc des taux d’inflation légèrement élevés) l’année prochaine, mais cela nous parait même souhaitable car une telle conjoncture permettrait de déclencher une série de projets d’investissements qui, jusqu’à présent, n’auraient pas été entrepris dans le cadre de scénarios pessimistes. L’industrie de la construction de machines, branche essentielle de l’économie suisse, s’en verra renforcée, elle qui, de toute façon, s’en est bien sortie dans la crise sanitaire.
Nous restons convaincus que les placements réels connaîtront un essor à moyen terme. Tout recul éventuel sera plutôt de nature brève et devrait être exploité en vue d’accroître les placements réels et donc le potentiel de rendement dans l’année à venir.
Les vaccinations ne seront pas obligatoires, mais quiconque souhaitera franchir des frontières, assister à des matchs de foot, des concerts et des salons ou participer à des croisières, devra toutefois toujours se déplacer avec son carnet de vaccination pendant encore un certain temps. Celui-ci devra être transporté partout avec soi, conjointement avec le passeport ou la carte d’identité, et permettra vraisemblablement de voyager beaucoup plus facilement.
Demain commence en Grande-Bretagne la première vague de vaccination de 800’000 personnes. Aux États-Unis, on table encore sur un lancement avant Noël. En Suisse, tous les cantons sont en plein préparatifs afin de pouvoir réaliser jusqu’à 70’000 vaccinations par jour dans des centres spécialisés. La Confédération prévoit un lancement des campagnes de vaccination dès le mois de janvier. Autrement dit, vers la fin du printemps, suffisamment de personnes seront vaccinées pour espérer nous diriger à grands pas vers une «normalisation».
Par ailleurs, des campagnes de vaccination sont également entreprises en parallèle dans les États moins aisés. Cette situation est rendue possible également grâce aux immenses progrès dans la chaîne de production mondiale. Les plus grands sites de production pharmaceutique à l’échelle internationale sont l’Inde et la Chine. L’institut sérothérapique indien est capable de produire à lui seul au moins 100 millions de doses de vaccin par mois, à un prix de 3 dollars, à compter du mois de janvier. Les 40 premiers millions sont d’ores et déjà produits et attendent leur homologation à des fins de distribution.
Ensemble, les grands groupes seront capables de produire au moins 18 milliards de doses de vaccin l’année prochaine. Cette quantité suffira donc pour 9 milliards de vaccination. Un goulot d’étranglement aura lieu dans les premiers mois, mais à compter de l’été, nous devrions plutôt tendre vers une surproduction en matière de capacités. La distribution dans un grand nombre de centres de vaccination décentralisés est assurée. La semaine dernière, à l’occasion du «BioDay 2020», nous nous sommes laissé en quelque sorte convaincre par Stéphane Bancel, le Français originaire de Marseille à la tête de Moderna, que l’infrastructure existante suffisait pour entreprendre la distribution (voir illustration).
Fort heureusement, l’économie suisse se montre résistante à la seconde vague de la Covid. Les reculs essuyés par l’industrie exportatrice restent limités. Grâce à des chaînes de création de valeur intactes, l’ensemble du commerce mondial a d’ores et déjà retrouvé un niveau supérieur à celui d’avant la crise. La demande en biens de consommation aussi affiche une évolution satisfaisante.
Nous devons tout cela également à la politique monétaire et fiscale expansive, entreprise quasi de manière synchrone dans le monde entier. Par ailleurs, nous devons le regain de confiance également au développement de vaccins qui a progressé à une vitesse exceptionnelle.
Pour l’année prochaine, il est judicieux de rester engagé dans des actions, des biens immobiliers et des infrastructures ainsi que des obligations d’entreprises. Nous allons connaître un essor économique mondial comme il en existe à peu près tous les dix ans seulement.
Côté actions, nous restons prudents malgré leur évaluation attractive en comparaison avec les obligations d’État. D’une part, nous mettons l’accent sur des valeurs défensives, comme par exemple celles des services de santé, qui possèdent un potentiel de réussite à long terme. D’autre part, nous sommes de plus en plus engagés dans des valeurs qui occupent une position supérieure sur le marché dans l’économie mondiale de plus en plus pilotée numériquement. Facebook est une action de ce type qui nous séduit dans une approche rendement/risque.
Cordialement, Maurice Pedergnana