L’épicentre de la pandémie s’est déplacé d’Est (Chine) en Ouest (Amérique), en passant par l’Europe. En Corée du Sud et en Chine, des secondes vagues ont pu être combattues de manière ciblée. En Europe aussi, une tendance similaire est désormais de plus en plus observable. Certaines régions, branches et ethnies éprouvent manifestement des difficultés à faire preuve de discipline et à respecter les trois mesures de lutte essentielles (distanciation sociale, mesures d’hygiène et «Tracking & Tracing»), et donc de contribuer à la santé publique et à la reprise économique. Malgré quelques supercontaminateurs et quelques clusters, les nombres de cas d’infection dans la zone euro restent toutefois incroyablement faibles dans l’ensemble, notamment en comparaison avec les États-Unis.
En effet, dans les États du Sud des États-Unis ainsi qu’en Amérique centrale et du Sud, les nombres de cas d’infection augmentent à une vitesse quasi effrénée et dans des proportions risquées. Ces régions sont encore sous l’emprise de la première vague. Le nombre de décès rapportés reste en revanche incroyablement faible. Aux États-Unis, le nombre de décès diminue de jour en jour, et ne concerne encore que 5% des cas d’infection. Cependant, les acteurs des marchés commencent à être sceptiques quant aux mesures politico-sanitaires mises en place dans les différents États des États-Unis, mais restent confiants quant à la tendance à la reprise économique générale.
Les gens semblent manifestement ne pas se retirer de leur activité économique, et les politiques ne souhaitent pas que l’économie souffre à nouveau. Le ministre des Finances des États-Unis, Steven Mnuchin, a également annoncé qu’il n’y aurait aucun «shutdown» de l’économie américaine toute entière. Le président a confirmé ses propos. Alors que Donald Trump parle déjà de la Covid-19 au passé, un nombre croissant de mesures de confinement devraient encore être introduites dans certains États membres.
Cependant, les marchés d’actions ne baignent pas pour autant dans une totale euphorie. Avec une valeur d’environ -7% (en dollar; -9% en franc suisse), le large indice boursier américain S&P500 affiche un recul par rapport à son niveau de début d’année. Celui-ci se trouve à niveau plus bas que l’indice du Swiss Market (SMI) qui présente une valeur de -5,4%. Avec respectivement -12% (-14% en franc suisse) et -14% (-16% en franc suisse), l’indice américain du Dow Jones et le large indice européen Stoxx Europe 600 affichent tous deux un recul encore plus important.
Avec 10’042 points, le SMI est plus proche de son record annuel de 11’263 points (19 février) que de son creux annuel de 8’160 points (23 mars). Toutefois, cette tendance à la hausse ne concerne pas tous les membres du SMI. Alors que le cours d’action de l’entreprise spécialisée dans la biotechnologie et les produits pharmaceutiques Lonza a fortement progressé (+41%), le cours de la compagnie d’assurance-vie riche en capitaux propres et solide Swiss Life (-29%) se trouve encore loin de son niveau de début d’année.
Le deuxième trimestre 2020 a démontré à quel point les actions technologiques étaient attrayantes. Entre 2008 et 2018, près de 5 milliards de dollars nets ont afflué chaque semaine dans des fonds technologiques. Cette tendance s’est ensuite renforcée avec le désir de numérisation. Durant la crise de la Covid-19, la demande en actions technologiques a littéralement explosé. Au milieu du mois de mai, les afflux nets hebdomadaires dans les fonds technologiques s’élevaient à 68 milliards de dollars, autrement dit 14 fois plus qu’en moyenne au cours de ces dix dernières années.
En majorité, six actions américaines en ont le plus profité, à savoir Amazon, Google, Apple, Microsoft, Facebook et Netflix. De toute façon, désormais, les indices mondiaux ne sont plus le reflet de l’économie réelle. Quiconque investit dans l’indice boursier mondial, investit à un peu moins de 70% dans des titres américains. Désormais, la part technologique représente plus de la moitié de l’indice.
Les évaluations ont affiché des progressions presque inimaginables. Apple et Microsoft disposent de capitalisations de marché de plus de 1’500 milliards de dollars. Chez Amazon, il s’agit de «seulement» 1’340 milliards de dollars, sachant qu’une action coûte 2’700 dollars pour un bénéfice de près de 20 dollars. L’investisseur ne perçoit aucun dividende, mais reçoit à la place une part dans une entreprise leader à l’échelle internationale en matière de technologie. Il faudra attendre un certain nombre d’années pour savoir si cet investissement aura valu la peine.
Cependant, toutes les perspectives de la branche technologique ne sont pas aussi formidables. Twitter et Facebook disposent de plateformes internationales sur lesquelles il est facile de diffuser des propos et contenus racistes, provocateurs et manipulateurs. Ces deux groupes américains ne font pas grand chose pour endiguer les commentaires haineux et les articles scissionnistes. Désormais, Unilever, le constructeur automobile Honda et la chaîne de cafés Starbucks leur ont supprimé leur budget publicitaire. De même, les fabricants de prêt-à-porter chic Patagonia et North Face ainsi que l’entreprise de télécommunications mobiles Verizon ne souhaitent plus faire de la publicité sur Facebook. Avec Procter & Gamble et Coca-Cola, d’autres grands groupes envisagent également de telles mesures. Même l’entreprise soucieuse du développement durable Nestlé y réfléchit. Il est alors déjà temps de se poser la question de savoir si l’on souhaite conserver de tels titres technologiques dans son portefeuille. D’un point de vue durabilité, certainement pas.
Demain prendra fin le premier semestre 2020. Il fut plein de surprises. La violence de la crise de la Covid-19 était encore sous-estimée en février. Au mois de mars, la performance économique dans de nombreuses branches a fini par s’effondrer en raison du «shutdown». Certains secteurs tels que l’aéronautique et les prestations associées à ce dernier ont dû être entièrement mis à l’arrêt. Dans le groupe Lufthansa/Suisse, le calendrier des vols a été revu à la baisse, retrouvant sa taille de l’année 1955. Par ailleurs, les prix du pétrole brut ont connu une chute abyssale.
L’industrie automobile a elle aussi souffert, et avec elle, celle de la construction de machines si importante en Suisse. Les nouvelles désastreuses se sont accumulées; les prévisions n’ont cessé de s’assombrir jusqu’au mois de mai. Le groupe Daimler, basé à Stuttgart, a vu son bénéfice chuter de 92%, tandis que d’autres ont atteint la zone rouge. Les banques ont été la cible de critiques vis-à-vis de leur politique d’octroi de crédits. Les titres d’assurance ont été répugnés car les conséquences des dégâts causés par l’interruption de l’activité restaient incertaines.
À l’inverse, les actions technologiques ont fait partie des grands gagnants de la crise. Dans l’indice boursier mondial MSCI World, les titres technologiques ont progressé de 14% depuis le début de l’année tandis que les valeurs industrielles ont affiché un recul de 15%. Les compagnies d’assurance, les banques et les sociétés immobilières sont celles qui ont le plus souffert. Avec une performance de -36%, les actions énergétiques ont été la pire catégorie de placement durant ces six derniers mois.
Le redémarrage progressif de l’économie a veillé à un certain soulagement sur le marché de l’emploi, dans le budget public et sur les marchés des capitaux. Il y aura bien une vie après la Covid-19. Mais nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour y parvenir. Plusieurs vaccins sont d’ores et déjà en première phase de test. Cependant, l’incertitude règne quant à la poursuite exacte des événements. Il en résulte alors des fluctuations sur les marchés, et des opportunités d’achat.