La semaine dernière fut empreinte d’incertitude concernant l’épidémie de grippe. Le Swiss Market Index l’a ressenti aussi, ayant terminé la première semaine du mois de mars à 9’736 points, après avoir essuyé un recul de -1,0%. En Chine, la vie économique, même dans la ville de Wuhan, reprend lentement tandis que certains pays occidentaux semblent paralysés. En Italie, toutes les écoles et universités restent fermées. Les près de 500’000 Chinois qui travaillent principalement dans l’industrie textile au nord de l’Italie, ont probablement propagé le virus. La Banque centrale européenne, établie à Francfort, a annoncé une journée de «Home office» pour ce lundi afin de tester le plan d’urgence, dans le cas où une situation de quarantaine surviendrait.
Le dilemme entre activisme et retenue tranquille perdure. Le coronavirus ne semble pas plus dangereux qu’un gros rhume. Chez les personnes en bonne santé, dans la plupart des cas, il se manifeste au pire par un rhume léger. Cependant, chez les personnes présentant des antécédents médicaux et un système immunitaire affaibli ainsi que les personnes âgées de soixante-cinq ans et plus, le risque se veut plus élevé.
L’évaluation des risques politico-sanitaires a également des conséquences sur l’économie réelle. Il est évident que les statistiques publiées quotidiennement auront un effet «boomerang». Alors que certains considèrent qu’il faudrait faire plus, d’autres s’étonnent en Europe des 1,4 milliards d’habitants en Chine, où sur les près de 85’000 personnes infectées d’après les statistiques, déjà bien plus des deux tiers sont à nouveau en bonne santé. En-dehors de l’épicentre chinois, le virus s’est rangé parmi les célèbres virus de la grippe au regard du taux de mortalité inférieur à 1%.
Le choc d’offre chinois dû à l’interruption des chaînes d’approvisionnement est essentiellement amorti. D’ici la fin du mois d’avril, les processus de production devraient à nouveau fonctionner à plein régime. Taïwan n’a été, de toute façon, guère affecté, et en Inde, les indices des directeurs d’achat, utilisés à titre d’indicateurs précurseurs conjoncturels, sont au plus haut depuis sept ans.
Désormais, il existe un choc de demande sévère: certains secteurs dans la branche du tourisme et des voyages ainsi que les entreprises d’articles de luxe, accablés par le virus, sont gravement en retard par rapport à leurs objectifs annuels. Les immeubles de rapport et les assurances sont quant à eux épargnés. Par conséquent, une surveillance étroite des marchés vaut la peine, bien que les investisseurs institutionnels et privés se retirent par séries. Là où tout a commencé, en Chine, le marché d’actions a légèrement progressé au cours de ces deux dernières semaines. La consommation d’énergie, excellent indicateur de l’activité actuelle, a également émis des signes positifs. Cependant, dans son rapport sur le coronavirus, publié en date du 2 mars 2020, l’organisation des pays industrialisés OCDE a déclaré que la croissance économique mondiale devrait s’affaiblir de près de 0,5% dans le courant de l’année. Les prévisions indiquent une croissance de 2,4% (2020). Pour 2021, les prévisions de croissance ont été élevées jusqu’à 3,3%. L’OCDE table sur une reprise significative au cours du second semestre de l’année 2020.
La semaine dernière, des constatations et des observations ont été faites, lesquelles ont été entièrement occultées par l’actualité du coronavirus. Le marché de l’emploi américain est toujours de bonne humeur. Les 273’000 postes créés au mois de février dépassent de loin les attentes. Par ailleurs, le salaire horaire moyen augmente avec une progression de près de 3%. La production industrielle, quant à elle, révèle une tendance à la hausse.
La baisse des taux d’intérêt directeurs entreprise par la Banque centrale américaine, la Federal Reserve (Fed), a surpris et étonné en majeure partie les Américains. Inversement, les taux d’intérêt des plus bas pour les Etats-Unis devraient stimuler la construction d’habitations et dynamiser les services bancaires aux entreprises. Toutefois, ces deux dernières semaines, le dollar a perdu 4% de sa valeur. Par conséquent, une menace de pression inflationniste accrue se profile et pèse au moins sur les biens d’importation.
La faible demande en pétrole a fait chuter les prix du pétrole brut à un niveau bas de 41 dollars par baril (type WTI) ou 45 dollars par baril (type Brent). Ce phénomène a même entraîné des entreprises multinationales spécialisées dans le pétrole et le gaz, telles qu’Exxon et BP, dans une tendance à la baisse. Le plus important est que pour la première fois depuis 2016, l’Arabie Saoudite et la Russie ne se rassemblent plus aux fins de soutenir le prix du pétrole brut. Cette situation va marquer la semaine en cours.
Du côté de la Russie, cet événement a une toile de fond politique. Un prix du pétrole brut fixé à 45 dollars suffit pour garantir un budget de l’Etat équilibré. Avec ce niveau relativement bas, le royaume de Poutine peut mettre les producteurs d’huile de schiste américains proches de Trump en difficulté d’un point de vue économique. À cela s’ajoutent les défis imposés par le coronavirus.
Âgé de 73 ans, Donald Trump jouit encore d’une forte cote de popularité. Au vu des résultats du premier tour de scrutin récemment organisé parmi les démocrates, le candidat modéré de 77 ans, Joe Biden, devrait se présenter comme son adversaire. Par ailleurs, la nervosité au sein de la Maison Blanche risque de s’intensifier car, au cours de ces cinquante dernières années, jamais un président en exercice n’a été réélu dans un climat de récession.
L’OCDE continue de tabler sur une croissance robuste aux Etats-Unis, même si les marchés financiers ont été récemment effrayés par la Fed et la chute des prix du pétrole brut. Il ne fait nul doute que les mesures politico-monétaires soutiennent le président actuellement en exercice.
L’organisation des pays industrialisés OCDE n’est pas connue pour faire des estimations sensationnelles. Au contraire, sa compétence en la matière est appréciée. La semaine dernière, celle-ci a exprimé sa position concernant la situation économique mondiale dans un rapport de 17 pages. Ce rapport porte sur les conséquences diverses et variées du coronavirus sur l’économie mondiale. L’OCDE termine celui-ci en déclarant que les prévisions de croissance du premier semestre 2020 sont nettement revues à la baisse, afin de pouvoir reprendre le chemin de la croissance à long terme avec une valeur de 3,3% l’an prochain.
Au vu de l’insécurité latente dans l’allocation, nous conservons notre attitude défensive. Nous mettons l’accent sur les modèles d’entreprise et branches non cycliques. Ceci va des immeubles de rapport à haut rendement aux services de santé publique croissants, en passant par des titres alimentaires solides. De même, nous adoptons également une approche sélective dans notre sélection de modèles d’entreprise conservateurs parmi les assurances. Celles-ci ne sont pas concernées par le choc de demande réel palpable.
Quiconque investit à long terme, ne devra donc pas se faire trop de soucis. En effet, nous partageons l’opinion de l’OCDE, selon laquelle l’économie devrait prendre de la vitesse au second semestre et notamment durant l’année à venir. Il devrait en être de même avec les prévisions de bénéfices: des réductions de bénéfices se profilent pour l’année en cours. Or, le redressement de ces derniers en 2021 devrait être tout aussi important.
Étant donné que le marché d’actions devance généralement la conjoncture de six à neuf mois environ, cette observation pourrait, d’ores et déjà au cours des semaines à venir, conduire à une certaine stabilisation sur les marchés des capitaux.