Le flux d’actualités autour de la propagation du coronavirus a donné de l’élan aux marchés d’actions et d’obligations. Le Swiss Market Index (SMI) a terminé la semaine dernière à 11’001 points. Cette valeur est 3,6% supérieure à celle du début de l’année, et indique une progression de 3,5% la semaine passée.
Comme si nous avions appuyé sur le bouton «marche» d’un interrupteur, nous sommes passés, la semaine dernière, du mode «risque non» au mode «risque oui». Nous n’avions alors jamais connu une aussi bonne semaine depuis longtemps. Tous les portefeuilles des solutions de placement Zugerberg Finanz se sont hissés en territoire positif depuis le début de l’année. Cette tendance est due principalement aux actions, mais également aux obligations d’entreprise. Les titres d’infrastructures européens ne se sont pas laissé emporter par tous les déferlements.
Les maladies infectieuses ont malheureusement une longue «tradition» en Chine. Leur propagation en période hivernale ne relève pas du hasard. Le virus à l’origine du SRAS au mois de novembre 2002 appartenait également à la famille des coronavirus. En règle générale, ces virus provoquent uniquement des maladies bénignes. Mais des formes rares, toutes issues d’animaux sauvages, peuvent gravement affaiblir le système immunitaire de l’être humain, alors déjà affaibli par la froideur de la saison hivernale chinoise (pas de chauffage dans les logements).
La consommation d’animaux sauvages exotiques est considérée comme un remède à la fois curatif et contre l’impuissance. En Chine, ce marché se chiffre à des milliards. L’élevage et la vente se déroulent souvent dans des conditions épouvantables. Les conditions hygiéniques sur les marchés d’animaux sauvages illégaux, tels que par exemple le marché de Huanan niché au cœur de Wuhan, ville de plusieurs millions d’habitants située au centre de la Chine, sont catastrophiques. Des louveteaux, des renards, des crocodiles, des paons, des chauve-souris et des salamandres vivants y sont offerts dans des conditions indignes. Les cadavres sont «jetés» dans une benne à ordures. De tels virus ont été décelés dans 33 des 585 échantillons prélevés dans 22 points de vente sur le marché d’animaux de Wuhan. Par conséquent, les virologues ne sont pas surpris de cette épidémie.
Tant que la Chine ne prendra pas des mesures décisives et radicales à l’encontre des marchés illégaux et du commerce d’animaux sauvages vivants, ces virus continueront à se développer dans ces villes fortement peuplées, créant ainsi des foyers épidémiques. Désormais, il est du devoir de l’Organisation mondiale de la santé, établie à Genève, de transmettre ce message clair aux instances politiques chinoises. Elle seule peut réformer la loi relative à la protection des animaux sauvages, et imposer l’interdiction de consommer ces derniers.
Les signes d’une reprise conjoncturelle perdurent. Même le coronavirus est incapable de renverser la tendance, bien que celui-ci continue à entretenir un climat d’incertitude dans certaines branches (pétrole, aéronautique, automobile, tourisme chinois), ayant semé le trouble dans des chaînes d’approvisionnement internationales, établies dans diverses régions. De telles actualités ont beaucoup retenu l’attention sur les marchés obligataires particulièrement réceptifs aux mauvaises nouvelles.
Désormais, 14’000’000’000’000 francs suisses d’obligations à travers le monde présentent un rendement à échéance négatif. En Suisse, le rendement des obligations de la Confédération à dix ans s’élève à -0,7%, et en Allemagne, à -0,4% (en euros). Qualifié de «havre monétaire sûr», le franc suisse a progressé de 1,5% par rapport à l’euro depuis le début de l’année. Curieusement, l’or, qualifié de «monnaie de crise», n’a que très peu évolué au cours de ces 30 derniers jours.
De bonnes données conjoncturelles et des états financiers d’entreprises solides, associés à des perspectives de hausses de dividendes, ont veillé à ce qu’un vent d’optimisme souffle à nouveau sur les marchés d’actions, notamment au niveau des titres à forts dividendes.
C’est également avec plaisir que nous avons pu observer que l’évolution des salaires aux États-Unis se situait à nouveau à 3,1% en ce tout début d’année 2020. Avec un taux de près de 2,0 millions en 2019 et de 225’000 au mois de janvier 2020, la création d’emplois s’est révélée extrêmement solide. Le taux de chômage s’est maintenu à un niveau bas de 3,6%, et a même chuté à son niveau le plus bas depuis 1953 pour les femmes. Un taux d’emploi à la hausse avec un salaire horaire croissant conduit, en fin de compte, à un revenu des ménages plus élevé, et donc également à une augmentation de la consommation. Avec son projet de réduire la charge fiscale pour la classe moyenne, le gouvernement des États-Unis pourrait encore accroître cet effet durant l’année en cours.
Néanmoins, actuellement, nous supposons une croissance légèrement à la baisse du produit intérieur brut (PIB) aux États-Unis. Cette tendance est due en partie au recul dans la construction aéronautique, les avions étant les principaux produits d’exportation de l’économie américaine. Avec l’arrêt de la production du «737 MAX», très longtemps numéro un des ventes, le constructeur Boeing ainsi que tous ses sous-traitants sont notamment à l’origine d’un recul significatif du PIB des États-Unis.
La vie trépidante dans la ville ensoleillée de New-York est certainement due également aux températures agréables de ce mois de février, qui tournent autour des 13 degrés. À Wall Street, le moral est à l’optimisme et empreint de confiance. Les inquiétudes autour du virus ne se propagent même pas dans le quartier de Chinatown qui, contrairement aux marchés d’animaux sauvages chinois, se veut propre et ordonné.
Autour du quartier de Times Square, c’est la fièvre acheteuse américaine qui fait des ravages. En revanche, le temple du shopping mondain Bloomingdale se montre un peu plus vide qu’autrefois. Le monde de la toile ne cesse d’arracher des parts de marché au commerce de détail stationnaire.
Cependant, le chef de la banque centrale des États-Unis, Jerome Powell, n’a pas hésité à rappeler que l’incertitude continuait de planer sur l’économie nationale américaine fortement axée sur son marché intérieur, en raison de l’influence de l’épidémie de grippe. Au quotidien, on ne ressent rien d’autre que de l’optimisme.
L’appétit au risque est plus grand, car l’indicateur avancé le plus observé aux États-Unis, le ISM Manufacturing Index, a fait un bond inattendu au mois de janvier, passant de 47,8 à 50,9 points, et se situe donc pour la première fois depuis le mois de juillet 2019 à nouveau au-dessus du seuil d’accélération de 50 points. Mais cette confiance n’est pas sans inquiétude; actuellement, elle est tout simplement équilibrée.
Cordialement depuis New York, Maurice Pedergnana